Lundi
19 mai 2008
Le point de vue de Bernard Bier, chargé d’études et de formation, à l’Institut National de la Jeunesse et de l’Éducation Populaire
Picri : Comment les jeunes de banlieue peuvent-ils s’approprier leur territoire et devenir acteurs de changement social et d’amélioration de leur cadre de vie ?
Bernard Bier : Qu’est-ce qu’un « jeune de banlieue » ? Qu’est-ce que le territoire des jeunes de banlieue ? la commune ? le quartier ? le pied d’immeuble ? le local où ils peuvent se retrouver ? le chemin vers l’école, vers le centre commercial, vers le stade ? celui de la ville d’à côté où l’on va au collège, au lycée, en apprentissage , à l’université ? celui où l’on retrouve des membres de sa famille, les copains ? celui des sorties que l’on fait sur Paris ? Est-on d’un territoire ? ou de plusieurs ? et les territoires sont-ils les mêmes à 10 ans, à 15 ans, à 20 ans ? pour les garçons et les filles ?
Dans le monde contemporain, chacun, quels que soient son âge, son milieu…, participe de plusieurs territoires, le lieu de vie, le lieu de formation, le lieu de travail, le lieu où l’on va faire ses courses… et de lieux virtuels : d’autres pays, d’autres territoires où l’on accède par la télé, le net, le portable. La mobilité devient une obligation pour tous. C’est une des compétences les plus importantes à développer aujourd’hui.
Comment alors d’être de partout et de nulle part ? On a tous besoin aussi d’un lieu où se retrouver, se reconnaître, se sentir chez soi, « au chaud ». On a tous besoin aussi parfois de partir, d’aller voir ailleurs, de découvrir. Il est important d’être d’un territoire, mais n’être que d’un territoire risque d’être un enfermement. On a besoin de rencontrer ses proches, on a besoin de s’ouvrir à d’autres…. Il est donc nécessaire de connaître, de découvrir, de « décrypter » son territoire, de l’apprivoiser aussi, d’en comprendre la richesse, celle de son histoire, celles de ses populations, celles de ses ressources…
Mais ce territoire ne devient nôtre que quand réellement on se l’approprie, quand on y prend une place, quand on en devient un des « acteurs ». Soit parce que l’on s’inscrit dans des cadres qui existent : les structures de participation dans l’école, au sein de la commune, dans les associations… Soit parce que l’on se crée un espace de parole, d’action, seul mais plutôt avec les autres. Bref, que l’on devient citoyen. Qu’est-ce qu’un citoyen ? c’est celui qui a du pouvoir sur la vie de sa Cité. Donc il faut s’autoriser à prendre du pouvoir. Ce n’est pas toujours facile, cela crée souvent des résistances, du débat, du conflit. Mais débattre, s’opposer, c’est déjà rencontrer l’autre, les autres. Prendre du pouvoir sur les choses c’est aussi se montrer (et montrer aux autres) que l’on est capable, c’est grandir, c’est se construire.
Donc chacun sur son territoire, sur ses territoires, dans des configurations variées, avec les autres, pose sa pierre. C’est modeste. C’est peu. Et c’est pourtant de là que naissent des édifices, des villes, des mondes…
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